Le gris du Gabon bleu fait l’objet d’un nombre croissant d’annonces en ligne, en particulier depuis 2022. La réalité derrière cette appellation mérite un examen attentif : aucune base taxonomique, aucun club d’élevage reconnu et aucune annexe CITES ne répertorient de variété de couleur bleue pour Psittacus erithacus. Ce constat pose un problème concret pour toute personne qui souhaite acquérir cet oiseau auprès d’un élevage responsable.
Gris du Gabon bleu : une mutation que personne n’a documentée
La génétique des perroquets produit des mutations de couleur chez certaines espèces (perruches ondulées, inséparables, calopsittes). Pour le gris du Gabon, aucune sous-espèce ni variété bleue n’est enregistrée dans les registres officiels.
Les éleveurs spécialisés et les vétérinaires aviaires qui se sont exprimés sur le sujet depuis 2022 convergent sur un point : la quasi-totalité des annonces de « gris du Gabon bleu » reposent sur des photos retouchées, des oiseaux d’autres espèces maquillés, ou des montages destinés à collecter des acomptes sans livraison.
Un vendeur qui propose un spécimen prétendument bleu devrait être en mesure de prouver l’existence de cette mutation par un suivi généalogique documenté sur plusieurs générations. En l’absence de toute littérature scientifique ou de registre d’élevage attestant cette mutation, la charge de la preuve repose entièrement sur le vendeur.

Documents obligatoires pour l’achat d’un perroquet gris du Gabon en France
Que l’oiseau soit présenté comme « bleu », « classique » ou de toute autre apparence, le cadre réglementaire est le même. Le gris du Gabon figure en annexe A du règlement CE 338/97, ce qui correspond à l’annexe I de la CITES. Cette classification entraîne des obligations strictes, identiques quelle que soit la couleur du plumage.
Voici les documents qu’un vendeur doit remettre au moment de la transaction :
- Un certificat intracommunautaire (CIC) délivré par la DREAL ou la DDPP, prouvant l’origine légale de l’animal et son statut né en captivité de deuxième génération minimum.
- Une identification par bague fermée posée au nid ou par transpondeur électronique (puce), avec le numéro correspondant inscrit sur les documents.
- Un certificat de cession complété et signé par le vendeur, mentionnant les coordonnées des deux parties, l’espèce, le numéro d’identification et la date de la cession.
- La preuve que l’éleveur dispose d’une autorisation préfectorale de détention d’espèces non domestiques, obligatoire dès le premier gris du Gabon détenu.
Un vendeur qui invoque un supposé statut de « mutation rare » pour justifier l’absence de l’un de ces documents doit être écarté. La rareté alléguée d’un phénotype ne dispense d’aucune formalité.
Capacité de l’éleveur et traçabilité des oiseaux
La question de la capacité est souvent négligée par les acheteurs, alors qu’elle constitue un indicateur fiable du sérieux d’un élevage. En France, l’élevage de perroquets classés en annexe I nécessite soit un certificat de capacité (ancien régime, toujours valide pour les détenteurs qui l’ont obtenu), soit la détention de l’ACACED combinée aux autorisations spécifiques pour la faune sauvage captive.
Un éleveur qui ne peut pas justifier de cette capacité n’a pas le droit de vendre un gris du Gabon, quelle que soit la couleur annoncée. L’absence de certificat de capacité est un signal d’alerte majeur, et les sanctions pénales pour détention ou cession illégale existent.
Vérifier la traçabilité au-delà des papiers
Les documents peuvent être falsifiés. Un acheteur responsable peut aller plus loin : demander à voir les parents de l’oiseau (ou des photos horodatées), vérifier la cohérence entre le numéro de bague et les registres de l’éleveur, et contacter la DDPP du département pour confirmer que l’élevage est bien déclaré.
Un éleveur transparent invite à visiter ses installations. Les refus catégoriques de visite, les ventes exclusivement à distance et les demandes d’acompte via des plateformes non sécurisées sont des marqueurs récurrents des arnaques documentées dans le secteur aviaire.

Arnaques en ligne sur le gris du Gabon bleu : les mécanismes à connaître
Les signalements collectés par des communautés d’éleveurs et des sites spécialisés depuis 2022 décrivent un schéma récurrent. Le vendeur publie des photos d’un perroquet au plumage bleu (retouché numériquement), propose un prix attractif, demande un acompte par virement ou mandat, puis disparaît. Dans certains cas, l’acheteur reçoit un oiseau d’une tout autre espèce, voire un gris du Gabon classique dont le plumage a été teint.
Les annonces de gris du Gabon bleu sont considérées comme frauduleuses par la majorité des professionnels du secteur. Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est un constat fondé sur l’absence totale de documentation génétique pour cette prétendue mutation.
Réflexes avant tout contact avec un vendeur
Avant de répondre à une annonce, quelques vérifications s’imposent :
- Rechercher le numéro SIRET ou le nom de l’élevage dans les bases publiques pour confirmer son existence légale.
- Vérifier que le vendeur dispose d’une autorisation préfectorale et d’un certificat de capacité en cours de validité.
- Refuser tout paiement par mandat cash, carte prépayée ou cryptomonnaie, et privilégier un paiement sécurisé lors de la remise en main propre de l’oiseau et de ses documents.
- Comparer les photos de l’annonce avec une recherche d’image inversée pour détecter les visuels volés ou retouchés.
Les retours terrain divergent sur la proportion exacte d’annonces frauduleuses parmi celles qui mentionnent le « gris du Gabon bleu », mais les données disponibles ne permettent pas de conclure qu’une seule de ces annonces ait débouché sur la vente d’un véritable spécimen à mutation bleue vérifiée.
L’achat d’un gris du Gabon reste un acte encadré par une réglementation stricte en France. La couleur du plumage ne change rien aux obligations légales, et un vendeur sérieux fournit toujours les documents avant le paiement. Face à une annonce de gris du Gabon bleu, la prudence la plus élémentaire consiste à exiger exactement les mêmes preuves que pour n’importe quel autre perroquet de cette espèce, et à considérer l’absence de ces preuves comme rédhibitoire.


