Un enfant de trois ans installé sur un poney qui refuse d’avancer, et la monitrice lance « Au pas, au trot, au galop » en tapant des mains : le petit se redresse, sourit, et le poney démarre. On a tous vécu cette scène en poney-club. La chanson du cheval fonctionne parce qu’elle associe un rythme vocal à un mouvement corporel, et c’est exactement ce qui rend les comptines à gestes si efficaces avec les jeunes enfants.
Pourquoi la comptine à gestes fonctionne mieux que la consigne verbale
Avant quatre ans, un enfant ne retient pas une instruction du type « tiens-toi droit et serre les jambes ». En revanche, il reproduit immédiatement un geste associé à un son. C’est le principe des comptines à gestes : le corps mémorise avant le cerveau.
Quand on chante « au pas, au trot, au galop », chaque allure correspond à un mouvement des mains ou du buste. Le rythme de la comptine cale la posture de l’enfant sur celle du poney. Les moniteurs de baby-poney utilisent ce mécanisme pour transmettre les bases de l’équilibre sans passer par un vocabulaire technique inaccessible.
La comptine « À cheval, gendarme » illustre bien ce principe. Les paroles progressent du pas au trot puis au galop, et se terminent par « Plouf ! Tombe dans l’eau ! », ce qui provoque un mouvement de bascule. Cette structure en accélération crée une anticipation motrice : l’enfant se prépare physiquement au changement d’allure avant même qu’il arrive.

Comptine du cheval en vidéo : ce que change l’interdiction des écrans en crèche
Les comptines du cheval les plus connues, comme la « Comptinette du cheval » du Monde des Titounis ou « Au galop cavalier », sont massivement diffusées en format vidéo sur YouTube. Jusqu’à récemment, certaines crèches les projetaient pendant les temps calmes ou les séances de motricité.
Un arrêté du 27 juin 2025 a changé la donne : l’exposition aux écrans des 0-3 ans est désormais interdite dans les crèches et lieux d’accueil du jeune enfant en France. Depuis janvier 2025, cette consigne figure dans le carnet de santé remis à la naissance.
Pour les professionnels de la petite enfance, cela signifie concrètement qu’on ne peut plus lancer une vidéo de comptine sur tablette pendant un atelier « découverte du poney ». La comptine à gestes du cheval retrouve donc sa forme originale : chantée en direct, accompagnée de mouvements, sans support d’écran.
Adapter la pratique en structure d’accueil
Les structures contrôlées désormais au moins tous les trois ans doivent documenter leurs choix pédagogiques. Utiliser une comptine du cheval en séance de motricité reste parfaitement adapté, à condition de la pratiquer en interaction directe. On chante, on mime, on fait rebondir l’enfant sur les genoux.
Les retours varient sur ce point, mais plusieurs éducateurs constatent que les enfants participent davantage quand la comptine est chantée par un adulte présent que lorsqu’elle sort d’un haut-parleur. Le contact visuel et le toucher (tenir les mains, faire sauter sur les genoux) ajoutent une dimension sensorielle que la vidéo ne remplace pas.
Paroles et gestes de trois comptines du cheval à utiliser en séance
Plutôt que de chercher la comptine parfaite, on gagne à en maîtriser deux ou trois et aux alterner selon l’objectif de la séance. Voici celles qui fonctionnent le mieux en contexte équestre avec des enfants de deux à six ans.
« À cheval, gendarme » : la comptine de genoux
C’est la plus ancienne et la plus simple. L’enfant est assis sur les genoux de l’adulte, qui accélère progressivement les rebonds :
- « Au pas, au pas » : mouvements lents, l’enfant apprend à stabiliser son bassin
- « Au trot, au trot, au trot » : rebonds plus rapides, les mains de l’enfant agrippent celles de l’adulte
- « Au galop, au galop » : mouvements francs, puis « Plouf ! Tombe dans l’eau ! » avec une bascule vers l’arrière
Cette comptine prépare les tout-petits aux sensations du mouvement équin avant même qu’ils montent sur un poney. Elle date vraisemblablement du XVIIIe ou XIXe siècle et s’inscrit dans la tradition des jeux de nourrice français.

« Au galop cavalier » : la version motricité globale
Plus dynamique, cette comptine met l’enfant debout ou en mouvement dans l’espace. On l’utilise souvent comme échauffement en poney-club. Les enfants miment les allures en marchant, trottinant puis courant dans le manège avant de monter.
L’intérêt pédagogique réside dans l’association allure-vitesse. Quand l’enfant a couru sur « au galop », il comprend physiquement la différence avec le pas, ce qui facilite ensuite la communication avec le poney.
« La comptinette du cheval » : la version gestuelle complète
Popularisée par le Monde des Titounis, cette version associe des gestes des mains à chaque partie du corps du cheval : les oreilles, la crinière, la queue, les sabots. Elle convient aux séances de découverte où l’enfant apprend à nommer les parties du poney.
On peut l’utiliser pendant le pansage : l’enfant chante en brossant, et chaque couplet correspond à une zone du corps. C’est une manière de transformer le pansage en jeu structuré plutôt qu’en corvée incompréhensible pour un petit.
Intégrer la chanson du cheval dans une séance de baby-poney
En poney-club, la comptine ne sert pas juste à divertir. Elle remplit trois fonctions concrètes qu’on peut exploiter à différents moments de la séance :
- En début de séance, comme échauffement corporel : les enfants miment les allures à pied dans le manège, ce qui échauffe les articulations et pose le cadre de l’activité
- Pendant la monte, pour réguler l’allure : le moniteur chante et l’enfant ajuste sa posture au rythme, ce qui remplace les consignes techniques trop abstraites
- En fin de séance, comme retour au calme : on ralentit le tempo jusqu’au pas, puis on s’arrête, ce qui aide l’enfant à comprendre que la séance se termine
Le choix de la comptine dépend du moment. « À cheval, gendarme » fonctionne avant la monte, quand l’enfant est encore au sol. « Au galop cavalier » convient à l’échauffement actif. La comptinette du Monde des Titounis s’intègre bien au pansage.
Varier les comptines d’une séance à l’autre maintient l’attention des enfants et évite l’effet de lassitude qui s’installe rapidement chez les moins de cinq ans. Trois comptines en rotation sur un trimestre suffisent largement pour couvrir tous les temps de la séance sans jamais lancer de vidéo.


